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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/308

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ce pas ? à ce chagrin qui nous menace et nous cogne, il se joindra peut-être de grandes contrariétés. Si ce pauvre homme meurt, il faudra probablement que mes enfants aillent à Rome, où il a enfoui tout ce qu’il possède, tableaux, meubles rares, etc. Il n’y en a pas pour un grosse somme ; il faut pourtant ne pas laisser piller cela, et je crains que le transport ou la vente de ces objets ne donne beaucoup de peine ou d’ennui pour peu de compensation.

Et puis c’est un prolongement d’absence et je serai peut-être seule un mois. Si c’était pour eux une partie de plaisir, je serais gaie dans ma solitude, de penser à leurs amusements ; mais, dans les conditions où ils sont, ce voyage est navrant et j’en bois toute la tristesse, toute la fatigue, sans pouvoir la leur alléger.

Je ne manquerai pourtant pas de courage, sois tranquille. J’ai ces deux chères fillettes à garder et ne pas quitter d’une heure. Lolo ne sait pas encore qu’ils sont partis. On l’a emmenée jouer dans ma chambre pendant qu’on enlevait les malles, et elle n’a pas vu les larmes. À dîner, je vais inventer une histoire et demain encore ; mais il y aura du gros chagrin quand elle constatera que nous sommes seules ; car elle est passionnée dans ses affections et pas facile à attraper longtemps.

Tu vois, cher enfant, que je ne suis pas en route pour Paris, tant s’en faut. Le premier mouvement de Maurice a été de t’écrire pour te confier sa mère. Je te le dis pour que tu voies quelle amitié il a pour toi,