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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/299

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pour le philosophe, dès à présent, je ne conçois aucune pratique extérieure. Mais je ne suis pratique en rien, je l’avoue, et, mes enfants ayant de bonnes raisons dans l’esprit, je me suis associée de bon cœur à leur volonté. Nous sommes très heureux en famille et toujours d’accord en fait. Maurice est un excellent être, d’un esprit très cultivé et d’un cœur à la fois indépendant et fidèle. Il se rappellera toujours avec émotion la tendre bonté de votre accueil à Paris. Qu’il y a déjà longtemps de cela ! et quels progrès avons-nous faits dans l’histoire ? Aucun ; il semble même, historiquement parlant, que nous ayons reculé de cinquante ans. Mais l’histoire n’enregistre que ce qui se voit et se touche. C’est une étude trop réaliste pour consoler les âmes. Moi, je crois toujours que nous avançons quand même et que nos souffrances servent, là où notre action ne peut rien.

Je ne suis pas aussi politique que vous, je ne sais pas si vraiment nous sommes menacés par l’étranger. Il me semble qu’une heure de vérité acquise à la race humaine ferait fondre toutes les armées comme neige au soleil. Mais vous vous dites belliqueux encore. Tant mieux, c’est signe que l’âme est toujours forte et fera vivre le corps souffrant en dépit de tout. Nous vous aimons et vous embrassons tendrement.

G. SAND.