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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/272

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grands esprits. Je vois, au contraire, un heureux rapprochement à tenter, et des points de contact bien remarquables, non dans leurs méthodes, mais dans leurs résultantes. Il est bon d’avoir ces deux maîtres : l’un corrige l’autre.

Pour mon compte, je ne suis pas le disciple de Jean-Jacques jusqu’au Contrat social : c’est peut-être grâce à Montaigne ; et je ne suis pas le disciple de Montaigne jusqu’à l’indifférence : c’est, à coup sûr, grâce à Jean-Jacques.

Voilà ce que je vous réponds, monsieur, sans vouloir relire ce que j’ai dit de Montaigne il y a vingt ans. Je ne m’en rappelle pas un mot, et je ne voudrais pas me croire obligée de ne pas modifier ma pensée en avançant dans la vie. Il y a plus de vingt ans que je n’ai relu Montaigne en entier ; mais, ou j’ai la main heureuse, ou l’affection que je lui porte est solide ; car, chaque fois que je l’ouvre, je puise en lui un élément de patience et un détachement nouveau de ce que l’on appelle classiquement les faux biens de la vie.

J’ose me persuader que le couronnement d’un beau et sérieux travail sur Montaigne serait précisément, monsieur, toute critique faite librement, sévèrement même, si telle est votre impression, un parallèle à établir entre ces deux points extrêmes : le socialisme de Jean-Jacques Rousseau et l’individualisme de Montaigne. Soyez le trait d’union ; car il y a là deux grandes causes à concilier. La vérité est au milieu, à coup