Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/254

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cause de cela. Mais vous êtes assez riche pour vivre de vos trésors, n’essayez pas d’être millionnaire pour vous ruiner. Il me semble que vous vous affectez quelquefois par besoin de souffrir ; là est l’excès. Toute qualité, toute puissance a son trop plein et c’est sur ce trop plein que votre philosophie peut agir dans une certaine mesure. Au commencement, les victoires que l’on remporte sur soi-même paraissent bien petites ; insensiblement elles sont plus amples et toujours plus faciles. C’est la loi de la force dans l’essor, toujours augmentée par l’essor même.

Je ne veux pas vous en dire davantage. Dépensez-vous, mais sans vous dévaster. Cette absence de sommeil, par exemple, n’est pas une condition de la jeunesse ; donc, il y a quelque chose à refaire dans le mode d’expansion, dans les profondeurs du cerveau peut-être. Vous n’avez pas de maladie chronique. Je vous ai bien observée ; vous êtes très forte et bien équilibrée. Votre insomnie est dans l’âme plus que dans le corps, si l’on peut ainsi parler de deux choses qui n’en font qu’une.

Mais, comme elles réagissent l’une sur l’autre à tout instant, il faut essayer le grand combat. Les médecins les plus matérialistes ne nient pas la possibilité de la victoire de l’esprit sur le corps. C’est peut-être aussi une condition de régime. Quand on écrit sans nerfs, on peut bien dormir après ; mais il est rare que les nerfs soient en repos quand l’imagination travaille. Il faudrait donc ne pas écrire le soir, mais écrire