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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/230

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J’ai gaspillé de mon mieux tout ce qui est de la vie matérielle, argent, sécurité, bien-être, utilité comme on l’entend dans cette région-là. Mais les vrais biens, je les ai appréciés et gardés ; vous avez mis dans mon cœur, vous et fort peu d’autres, ce fonds de respect et de tendresse qui ne s’use pas et se retrouve intact à toutes les heures difficiles ou douloureuses de la vie. J’aurai passé dans le monde à côté de vous par l’âme, et, dans l’autre vie, cela me sera compté dans le plateau de la balance qui portera mes mérites et mes erreurs.

Croyez-vous, comme Flaubert, que ceci est la fin de Rome cléricale ? je voudrais bien et j’attends les événements avec impatience. Comme lui, je crois que le mal est là et que cette religion du moyen âge est le grand ennemi du genre humain ; mais je ne crois pas avec Garibaldi qu’il faille en proclamer une autre.

Cela me paraît contraire à l’esprit du siècle, qui a un besoin inextinguible et trop longtemps refoulé de liberté absolue. Il faut bien prendre l’humanité comme elle est, avec ses excès de tendance et ses besoins impérieux, légitimes à certaines heures de sa vie. Je suis pourtant un esprit religieux et il m’a toujours paru bon d’aimer la prédication des nouvelles philosophies. Mais les imposer, les réaliser, les établir en dogme, ou seulement les proposer comme conduite officielle en ce moment, me semblerait plus qu’impolitique, — presque antihumain.

L’homme ne s’est pas encore connu, il n’a encore