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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/173

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en ayant ouï parler sans l’étudier. N’est-ce pas un malaise, une angoisse causés par le désir d’un impossible quelconque ? En ce cas, nous en sommes tous atteints, de ce mal étrange, quand nous avons de l’imagination ; et pourquoi une telle maladie aurait-elle un sexe ?

Et puis encore, il y a ceci pour les gens forts en anatomie : il n’y a qu’un sexe. Un homme et une femme, c’est si bien la même chose, que l’on ne comprend guère les tas de distinctions et de raisonnements subtils dont se sont nourries les sociétés sur ce chapitre-là. J’ai observé l’enfance et le développement de mon fils et de ma fille. Mon fils était moi, par conséquent femme bien plus que ma fille, qui était un homme pas réussi.

Je t’embrasse ; Maurice et Lina, qui se sont pourléchés de tes fromages, t’envoient leurs amitiés, et mademoiselle Aurore te crie : Attends, attends, attends ! C’est tout ce qu’elle sait dire en riant comme une folle quand elle rit ; car, au fond, elle est sérieuse, attentive, adroite de ses mains comme un singe et s’amusant mieux du jeu qu’elle invente que de tous ceux qu’on lui suggère.

Si je ne guéris pas ici, j’irai à Cannes, où des personnes amies m’appellent. Mais je ne peux pas encore en ouvrir la bouche à mes enfants. Quand je suis avec eux, ce n’est pas aisé de bouger. Il y a passion et jalousie. Et toute ma vie a été comme ça, jamais à moi ! Plains-toi donc, toi qui t’appartiens !