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mande si nous différons sur la question des luttes intérieures, si l’homme-roman doit en avoir, ou s’il ne doit pas les connaître.

Vous m’étonnez toujours avec votre travail pénible ; est-ce une coquetterie ? Ça parait si peu ! Ce que je trouve difficile, moi, c’est de choisir entre les mille combinaisons de l’action scénique, qui peuvent varier à l’infini, la situation nette et saisissante qui ne soit pas brutale ou forcée. Quant au style, j’en fais meilleur marché que vous.

Le vent joue de ma vieille harpe comme il lui plaît d’en jouer. Il a ses hauts et ses bas, ses grosses notes et ses défaillances ; au fond, ça m’est égal, pourvu que l’émotion vienne, mais je ne peux rien trouver en moi. C’est l’autre qui chante à son gré, mal ou bien, et, quand j’essaye de penser à ça, je m’en effraye et me dis que je ne suis rien, rien du tout.

Mais une grande sagesse nous sauve ; nous savons nous dire : « Eh bien, quand nous ne serions absolument que des instruments, c’est encore un joli état et une sensation à nulle autre pareille que de se sentir vibrer. »

Laissez donc le vent courir un peu dans vos cordes. Moi, je crois que vous prenez plus de peine qu’il ne faut, et que vous devriez laisser faire l’autre plus souvent. Ça irait tout de même et sans fatigue. L’instrument pourrait résonner faible à de certains moments ; mais le souffle, en se prolongeant, trouverait sa force. Vous feriez après, ce que je ne fais pas, ce