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lien. Il ne l’avait pas plus que nous. Pourtant ce lien existe, puisque l’univers subsiste sans que le pour et le contre qui le constituent se détruisent réciproquement. Comment s’appellera-t-il pour la nature matérielle ? équilibre, il n’y a pas à dire ; et pour la nature spirituelle ? modération, chasteté relative, abstinence des abus, tout ce que vous voudrez, mais ça se traduira toujours par équilibre. Ai-je tort, mon maître ?

Pensez-y, car, dans nos romans, ce que font ou ne font pas nos personnages ne repose pas sur une autre question que celle-là. Posséderont-ils, ne posséderont-ils pas l’objet de leurs ardentes convoitises ? Que ce soit amour ou gloire, fortune ou plaisir, dès qu’ils existent, ils aspirent à un but. Si nous avons en nous une philosophie, ils marchent droit selon nous ; si nous n’en avons pas, ils marchent au hasard et sont trop dominés par les événements que nous leur mettons dans les jambes. Imbus de nos propres idées, ils choquent souvent celles des autres. Dépourvus de nos idées et soumis à la fatalité, ils ne paraissent pas toujours logiques. Faut-il mettre un peu ou beaucoup de nous en eux ? ne faut-il mettre que ce que la société met dans chacun de nous ?

Moi, je suis ma vieille pente, je me mets dans la peau de mes bonshommes. On me le reproche, ça ne fait rien. Vous, je ne sais pas bien si, par procédé ou par instinct, vous suivez une autre route. Ce que vous faites vous réussit ; voilà pourquoi je vous de-