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Mais, dans celle où nous vivons et dont il faut bien nous contenter, la jouissance et l’abus ne vont-ils pas de compagnie, et peut-on les séparer, les limiter, à moins d’être un sage de première volée ? Et, si l’on est un sage, adieu l’entraînement, qui est le père des joies réelles !

La question, pour nous artistes, est de savoir si l’abstinence nous fortifie, ou si elle nous exalte trop, ce qui dégénère en faiblesse. — Vous me direz : « Il y a temps pour tout et puissance suffisante pour toute dépense de forces. » Donc, vous faites une distinction et vous posez des limites, il n’y a pas moyen de faire autrement. La nature, croyez-vous, en pose d’elle-même et nous empêche d’abuser. Ah ! mais non, elle n’est pas plus sage que nous, qui sommes aussi la nature.

Nos excès de travail, comme nos excès de plaisir, nous tuent parfaitement, et plus nous sommes de grandes natures, plus nous dépassons les bornes et reculons la limite de nos puissances.

Non, je n’ai pas de théories. Je passe ma vie à poser des questions et à les entendre résoudre dans un sens ou dans l’autre, sans qu’une conclusion victorieuse et sans réplique m’ait jamais été donnée. J’attends la lumière d’un nouvel état de mon intellect et de mes organes dans une autre vie ; car, dans celle-ci, quiconque réfléchit embrasse jusqu’à leurs dernières conséquences les limites du pour et du contre. C’est M. Ptaton, je crois, qui demandait et croyait tenir le