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sur ces belles grandes collines, et ce grand fleuve qui a flux et reflux comme la mer et qui est plus coloré que la Manche à Saint-Valery. Et tous ces monuments curieux, étranges ; ces maisons, ces rues entières, ces quartiers encore debout du moyen âge ! Je ne comprends pas que je n’eusse jamais vu ça, quand il fallait trois heures pour y aller.

J’ai trouvé hier Paris, vu des ponts, si petit, si joli, si mignon, si gai, que je me figurais le voir pour la première fois.

Croisset est un endroit délicieux, et notre ami Flaubert mène là une vie de chanoine au sein d’une charmante famille. On ne sait pas pourquoi c’est un esprit agité et impétueux ; tout respire le calme et le bien-être autour de lui. Mais il y a cette grande Seine qui passe et repasse toujours devant sa fenêtre et qui est sinistre par elle-même malgré ses frais rivages. Elle ne fait qu’aller et venir sous le coup de la marée et du raz de marée (la barre ou mascaret). Les saules des îles sont toujours baignés ou débaignés ! c’est triste et froid d’aspect, mais c’est beau et très beau. Ils ont été (chez lui) charmants pour moi, et on vous invite à y aller pour voir les grandes forêts où on se promène en voiture, des journées entières. Je suis contente d’avoir vu ça.

Mon rhume va très bien. Il avait empiré à Saint-Valery la dernière journée et surtout la dernière nuit, où l’orage ouvrait des fenêtres impossibles à refermer. Quel taudis ! Je n’irai pas y finir mes jours. Mais le