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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/117

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trait d’union ! Mais quel est-il ? Nous ne le tenons pas, malgré tous les noms qu’on lui a donnés en métaphysique et en philosophie. L’homme ne se connaît pas encore lui-même, il ne peut pas s’affirmer.

« Je pense, donc je suis ! » est très joli, mais ça n’est pas vrai. Quand je dors, je ne pense pas, je rêve ; donc je ne suis pas ? L’arbre ne pense pas, il n’est donc pas. Tout ça, c’est des mots. — Et vous ne savez pas comment Dieu pense. Peut-être n’y a-t-il dans son esprit aucune opération analogue à ce que vous appelez penser. On le ferait probablement rire si on lui disait : « Tu ne penses pas à la manière de l’homme, donc tu n’es pas. »

Soyons simples si nous voulons être croyants, mon cher ami. Ni vous ni moi ne sommes assez forts — et de plus forts que nous y échouent — pour définir Dieu, vous en convenez, et, par conséquent, pour l’affirmer, vous n’en convenez pas. Mais l’homme ne pourra jamais affirmer ce qu’il ne pourrait pas définir et formuler.

Ce siècle ne peut pas affirmer, mais l’avenir le pourra, j’espère ! Croyons au progrès ; croyons en Dieu dès à présent. Le sentiment nous y porte. La foi est une surexcitation, un enthousiasme, un état de grandeur intellectuelle qu’il faut garder en soi comme un trésor et ne pas le répandre sur les chemins, en petite monnaie de cuivre, en vaines paroles, en raisonnements inexacts et pédantesques. Voilà votre erreur ! vous voulez prêcher comme une doctrine nouvelle ce qui