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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

manquer à ma conscience, si j’avais refusé de donner quelques heures du mien à un travail gratuit autant comme argent que comme amour-propre. C’était la première et ce sera probablement la dernière fois de ma vie que j’aurai écrit quelques lignes sans les signer.

Mais, du moment que je consentais à laisser au ministre la responsabilité d’un écrit de moi, je devais accepter aussi la censure du ministre, ou des personnes qu’il commettait à cet examen. C’était une preuve de confiance personnelle de ma part envers M. Ledru-Rollin, la plus grande qu’un écrivain qui se respecte puisse donner à un ami politique.

Il avait donc, lui, la responsabilité politique de mes paroles, et les cinq ou six Bulletins que je lui ai envoyés ont été examinés. Mais le XVIe Bulletin est arrivé dans un moment où M. Élias Regnault, chef du cabinet, venait de perdre sa mère. Personne n’a donc lu, apparemment, le manuscrit avant de l’envoyer à l’imprimerie. J’ignore si quelqu’un en a revu l’épreuve. Je ne les revoyais jamais, quant à moi.

Un moment de désordre dans le cabinet de M. Élias Regnault, désordre qu’il y aurait cruauté et lâcheté à lui reprocher, a donc produit tout ce scandale, que, pour ma part, je ne prévoyais guère et n’ai jamais compris jusqu’à présent.

Comme, jusqu’à ce fameux Bulletin, il n’y avait pas eu un mot à retrancher dans mes articles, ni le ministre, ni le chef du cabinet n’avaient lieu de s’inquié-