Ouvrir le menu principal

Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/43

Cette page a été validée par deux contributeurs.
40
CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

encore capable de comprendre les idées. Cela ne vient pas non plus de ce que les idées ne sont pas assez mûres.

Tout ce qu’on a d’idées à répandre et à faire comprendre suffirait à la situation, si les hommes qui représentent ces idées étaient bons ; ce qui pèche, ce sont les caractères. La vérité n’a de vie que dans une âme droite et d’influence que dans une bouche pure. Les hommes sont faux, ambitieux, vaniteux, égoïstes, et le meilleur ne vaut pas le diable ; c’est bien triste à voir de près !

Les deux plus honnêtes caractères que j’aie encore rencontrés, c’est Barbès et Étienne Arago. C’est qu’ils sont braves comme des lions et dévoués de tout leur cœur. J’ai fait connaissance aussi avec Carteret, secrétaire général de la police : c’est une belle âme. Barbès est un héros. Je crois aussi Caussidière très bon ; mais ce sont des hommes du second rang, tout le premier rang vit avec cet idéal : Moi, moi, moi.

Nous verrons demain ce que le peuple pensera de tout cela à son réveil. Il se pourrait bien qu’il fût peu content ; mais j’ai peur qu’il ne soit déjà trop tard pour qu’il secoue le joug. La bourgeoisie a pris sa revanche.

Ce malheureux Cabet, Blanqui, Raspail et quelques autres perdent la vérité, parce qu’ils prêchent une certaine face de la vérité. On ne peut faire cause commune avec eux, et cependant la persécution qui s’attachera à eux prépare celle dont nous serons bientôt