Ouvrir le menu principal

Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/335

Cette page a été validée par deux contributeurs.
332
CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

Le peuple est ignorant, borné comme science, comme prévision, comme discernement politiques. Il est fin et obstiné dans le sentiment de son droit acquis. Il avait élu ce président à une grande majorité. Il était fier de son œuvre…, il avait tâté sa force. Il ne l’eût pas compromise en éparpillant ses voix sur d’autres candidats. Il n’avait qu’un but, qu’une volonté sur toute la ligne : se grouper en faisceau immense, en imposante majorité pour maintenir sa volonté. Un peuple n’abandonne pas en si peu d’années l’objet de son engouement, il ne se donne pas un démenti à lui-même. Depuis trois ans, la majorité du peuple de France n’a pas bronché. Je ne parle pas de Paris, qui forme une nation différente au sein de la nation, je parle de cinq millions de voix au moins, qui se tenaient bien compactes sur tous les points du territoire, et toutes prêtes à maintenir le principe de délégation en faveur d’un seul. Voilà la seule lumière que la masse ait acquise, mais qui lui est bien et irrévocablement acquise. C’est sa première dent. Ce n’est qu’une dent, mais il en poussera d’autres, et le peuple, qui apprend aujourd’hui à faire les empereurs, apprendra fatalement par la même loi à les défaire.

Notre erreur, à nous socialistes et politiques, tous tant que nous sommes, a été de croire que nous pouvions en même temps initier et mettre en pratique. Nous avons tous fait une grande chose, et il faut qu’elle nous console de tout : nous avons initié le peuple à cette idée d’égalité des droits par le suffrage