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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/319

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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

donné d’en haut à la propagande ; il faudrait peut-être la propagande imposée par l’État. Fort bien ! Quel sera le gouvernement assez fort pour agir ainsi ? Une dictature révolutionnaire, je n’en vois pas d’autre. Qui la créera ? une révolution ? Soit. Faite par qui ? Par nous, que la majorité du vote repousse et sacrifie ? Ce ne pourra être alors que par une conspiration, par un coup hardi, par un hasard heureux, par une surprise, par les armes. Combien y resterons-nous ? Quelques mois pendant lesquels, pour préparer le bon résultat du suffrage, nous ferons de la terreur sur les riches, et par conséquent de la misère sur les pauvres. Et les pauvres ignorants voudront de nous ? Allons donc ! Un ouvrier a dit une belle parole en mettant trois mois de misère au service de l’idée ; mais est-ce qu’il y a eu de l’écho en France ? est-ce que le pauvre ne sera pas toujours pressé de se débarrasser, par le vote, d’un pouvoir qui l’effraye et qui ne peut pas lui donner des satisfactions immédiates, quoi qu’il ose et quoi qu’il fasse ? Non, cent fois non, on ne peut pas faire une révolution sociale avec les moyens de la politique actuelle ; ce qui a été vrai jusqu’ici est devenu faux, parce que le but de cette révolution est une vérité qui n’a pas encore été expérimentée sur la terre, et qu’elle est trop pure et trop grande pour être inaugurée par les moyens du passé, et par nous-mêmes, qui sommes encore à trop d’égards les hommes du passé. Nous en avons la preuve sous les yeux. Voici un système qui, au fond, porte en lui-même un principe de socialisme