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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/304

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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

complice, le prétexte du mal accompli par tous les partis absolutistes. Il est condamné à être leur dupe et leur victime. Dans peu, j’en ai l’intime et tragique pressentiment, il sera frappé pour faire place à des gens qui ne le vaudront certainement pas, mais qui prennent le soin de le faire passer pour un despote implacable (sous d’hypocrites formules d’admiration), afin de rendre sa mémoire responsable de tous les crimes commis par eux à son insu.

Il me paraît essayer maintenant d’une dictature temporaire dont il espère pouvoir se relâcher. Le jour où il l’essayera, il sera sacrifié, et, pourtant, s’il ne l’essaye pas bientôt, la nation lui suscitera une résistance insurmontable. Je vois l’avenir bien noir ; car l’idée de fraternité est étouffée pour longtemps par le système d’infamie, de délation et de lâche vengeance qui prévaut. La pensée de la vengeance entre nécessairement bien avant dans les cœurs, et que devient, hélas ! le sentiment chrétien, le seul qui puisse faire durer une république !

Je ne sais, quant à nous, pauvres persécutés du Berry, ce qui sera statué sur notre sort. J’ai plaidé notre cause au point de vue de la liberté de conscience, et je le pouvais en toute conscience, puisque nous n’avons rien fait en Berry contre la personne du président depuis les événements de décembre. Il m’a été répondu qu’on ne poursuivait pas les pensées, les intentions, les opinions, et cependant on le fait, et cependant je ne vois pas la réalisation des promesses