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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/151

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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

nais. Il est aimable, expansif, confiant, brave de sa personne, sensible, chaleureux, désintéressé en fait d’argent. Mais je crois ne pas me tromper, je crois être bien sûre de mon fait quand je vous déclare, après cela, que ce n’est point un homme d’action ; que l’amour-propre politique est excessif en lui ; qu’il est vain ; qu’il aime le pouvoir et la popularité autant que Lamartine ; qu’il est femme dans la mauvaise acception du mot, c’est-à-dire plein de personnalité, de dépits amoureux et de coquetteries politiques ; qu’il est faible, qu’il n’est pas brave au moral comme au physique ; qu’il a un entourage misérable et qu’il subit des influences mauvaises ; qu’il aime la flatterie ; qu’il est d’une légèreté impardonnable ; enfin, qu’en dépit de ses précieuses qualités, cet homme, entraîné par ses incurables défauts, trahira la véritable cause populaire. Oui, souvenez-vous de ce que je vous dis, il la trahira, à moins que des circonstances ne se présentent qui lui fassent trouver un profit d’amour-propre et de pouvoir à la servir. Il la trahira, sans le vouloir, sans le savoir peut-être, sans comprendre ce qu’il fait. Ses aversions sont vives, sinon tenaces. Il verra dans les grands événements de petites considérations qui l’empêcheront de faire le bien et qui satisferont sa passion, son caprice du moment. Il transigera pour les choses les plus graves, par des motifs dont personne ne pourra soupçonner la frivolité.

C’est l’homme capable de tout, et pourtant c’est un très honnête homme, mais c’est un pauvre caractère.