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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/147

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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

minées, et puis les sergents de ville assomment les étudiants et les jeunes gens de vos quartiers. Quelles mauvaises circonstances pour être loin les uns des autres ! Reviens donc dans ton nid, et attends de meilleurs jours pour aller travailler au Musée ; car ce n’est pas dans ce moment-ci que tu pourrais y faire un travail soutenu et utile. La réponse de ton père te parviendra aussi bien ici.

Nous avons eu aujourd’hui nombreuse compagnie. Camus, avec un jeune homme très bien de Châteauroux ; Fleury, Périgois, Desmousseaux, Laussedat, Gustave Tourangin, Lumet, et le nez de Germann. Lumet est un vigneron d’Issoudun aussi grave et absolu que Patureau est malin et persuasif. Il a une tête magnifique, distinguée ; une pénétration, une fermeté, une éloquence extraordinaire par moments, et tout cela avec le langage paysan et des manières nobles comme ne les ont plus les grands seigneurs.

Non, les hommes supérieurs ne manquent pas dans le peuple ; il ne s’agit plus que de les mettre à leur plan, et cela ne tardera guère.

Bonsoir, cher petit Bouli. Je suis presque guérie. N’en déplaise à ton ordonnance, plus je reste dans l’eau, mieux je m’en trouve ; chacun a son tempérament. Moi, j’ai un peu de celui des poissons ou des grenouilles. Nous étions dans l’eau l’autre jour pendant l’orage. Il pleuvait à verse ; mais la rivière était tiède, presque chaude, et c’est bien décidément un pro-