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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/112

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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

sais ce que vous pensez et vous savez ce que je pense. Ce à quoi je tiens, c’est que vous ne croyiez pas que je vous oublie un seul instant, vous le meilleur de tous. Ce qui se passe au dehors, vous le savez sans doute.

Je présume que vous n’êtes pas privé de journaux, bien qu’après tout, ce serait peut-être un bonheur d’ignorer combien une partie de la France est absurde, aveugle, égarée en ce moment-ci. Mais, malgré l’engouement pour l’Empire, qui est le mauvais côté de l’esprit public, il y a, d’autre part, un changement sensible, un progrès réel dans les idées. Cela est surtout frappant dans nos provinces, où les questions de personnes s’amoindrissent pour faire place, je ne dirai pas à des questions, mais à des besoins de principes. Je ne suis guère contente, pour ma part, de nos socialistes : ces divisions, ces fractionnements sentent l’orgueil et l’intolérance, défauts inhérents au rôle d’homme à idées, et que je leur ai toujours reproché, vous le savez. Mais la volonté de Dieu est que nous marchions ainsi et que nos disputes servent à l’instruction du peuple, puisque nous ne savons pas l’instruire par de meilleurs exemples. Pourvu que ce but soit atteint, qu’importe que tels ou tels laissent un nom plus ou moins pur !

Le vôtre, grâce au ciel, sera toujours un symbole de grandeur et de sainte abnégation. Si vous aviez de l’orgueil, cela vous consolerait de votre martyre ; mais l’orgueil n’est pas votre fait, vous êtes au-dessus de