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Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 4, 1853.djvu/268

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HORACE.

naïve pour une habilleuse de théâtre. Je savais que je ne trouverais pas Arsène auprès d’elle ; je me souvenais bien qu’il est caissier, qu’il est occupé à la régie pendant que sa femme fait sa toilette. Mes amis, vous me direz tout ce que vous voudrez : elle est mariée, elle chérit son mari, elle le respecte, elle l’estime ; tout cela est bel et bon : mais elle m’aime ! oui, Marthe m’aime encore, elle m’aime toujours, et, bien qu’elle m’ait dit tout le contraire, je n’en puis pas douter. Elle est devenue, en me voyant, pâle comme la mort ; elle a chancelé ; elle serait tombée évanouie si je ne l’eusse retenue dans mes bras et assise sur sa causeuse. Elle a été cinq minutes sans pouvoir me dire un mot, et comme égarée ; et enfin, lorsqu’elle m’a parlé pour me vanter son bonheur, son repos, son mariage… ses yeux humides et son sein haletant me disaient tout autre chose ; et moi, n’entendant que vaguement avec mes oreilles les paroles de sa bouche, je comprenais avec tout mon être la voix de son cœur, qui parlait bien plus haut et plus éloquemment. Elle voulait que j’attendisse dans sa loge l’arrivée d’Arsène ; je crois qu’elle craignait ses soupçons, si elle eût semblé me recevoir comme en cachette de lui. Mais M. Arsène m’a bien assez inquiété et tourmenté pendant un an, pour que je ne me fasse pas grand scrupule de lui rendre la pareille pendant une soirée. D’ailleurs, je ne me sentais pas du tout disposé à voir cet être vulgaire et prosaïque tutoyer, embrasser et emmener celle que je ne puis me déshabituer tout d’un coup de regarder comme ma maîtresse et ma compagne. Je me suis esquivé en lui promettant de ne la revoir que quand elle voudrait et, devant qui elle voudrait. Mais au moins pendant une heure j’ai été agité, ému, et, puisqu’il faut tout vous dire, épris comme je ne l’ai été de longtemps. Je vous l’ai dit vingt fois au milieu de toutes mes folies, souvenez-vous-en, Théophile : je n’ai jamais aimé que Marthe, et je sens bien que je n’aimerai jamais qu’elle, en dépit de tout, en dépit d’elle et de moi-même.



Et le poussant par les épaules… (Page 109.)

« Mais pourquoi froncez-vous le sourcil ? pourquoi Eugénie hausse-t-elle les épaules d’un air chagrin, et inquiet ? Je suis un honnête homme ; et comme Marthe est une femme fière et juste, comme elle ne voudra plus me revoir certainement qu’en présence de son mari ; comme, si son mari y consent, ce sera pour moi un engagement tacite de respecter sa confiance et son honneur, vous