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Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 4, 1853.djvu/252

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HORACE.

comme en restant les bras croisés il ne détournerait pas ce péril, Paul se décida à sortir de la maison avant le jour de l’échéance, et s’alla confier à Louvet, qui sur-le-champ le mit en fiacre, l’installa à Belleville, et alla porter à la vieille voisine l’argent nécessaire pour tirer Marthe d’embarras. On chercha ensuite un ouvrier dévoué à la cause républicaine : ce ne fut pas difficile à trouver ; on lui fit réparer sans bruit la lucarne, et Louvet amena Marthe, l’enfant et la voisine, qui ne voulait plus les quitter, dans le pauvre local où il avait établi Arsène sous son propre nom, en lui prêtant son passe-port. Ce Louvet était un excellent jeune homme, le plus pauvre et par conséquent le plus généreux de tous ceux qu’Arsène avait connus dans l’intimité de Laravinière. Paul souffrait de ne pouvoir immédiatement lui rembourser les avances qu’il lui faisait avec tant d’empressement ; mais, à cause de Marthe, il était forcé de les accepter. Louvet ne lui avait pas donné le temps de les solliciter ; en route il lui promit le secret sur toutes choses, et il le garda si religieusement, que ce changement de situation me laissa dans la même ignorance où j’étais sur le compte de Marthe et d’Arsène.



Son vieux ami le marquis de Vernes (Page 92.)

À peine établi à Belleville, Paul chercha de l’ouvrage ; mais il était encore si faible, qu’il ne put supporter la fatigue, et fut renvoyé. Il se reposa deux ou trois jours, reprit courage, et s’offrit pour journalier à un maître paveur. Arsène n’avait pas de temps à perdre, et pas de choix à faire. Le pain commençait à manquer. Il n’entendait rien à la besogne qui lui était confiée ; on le renvoya encore. Il fut tour à tour garçon chez un marchand de vins, batteur de plâtre, commissionnaire, machiniste au théâtre de Belleville, ouvrier cordonnier, terrassier, brasseur, gâche, gindre, et je ne sais quoi encore. Partout il offrit ses bras et ses sueurs, là où il trouva à gagner un morceau de pain. Il ne put rester nulle part, parce que sa santé n’était pas rétablie, et que, malgré son zèle, il faisait moins de besogne que le premier venu. La misère devenait chaque jour plus horrible. Les vêtements s’en allaient par lambeaux. La voisine avait beau tricoter, elle ne gagnait presque rien. Marthe ne pouvait trouver d’ouvrage ; sa pâleur, ses haillons, et son état de nourrice, lui nuisaient partout. Elle alla faire des ménages à six francs par mois. Et puis elle réussit à être couturière des comparses du théâtre de Belleville ; et comme elle