Ouvrir le menu principal

Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 4, 1853.djvu/235

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
72
HORACE.

nels dans un résultat inespéré. Il faut remettre votre carrière politique à des temps plus éloignés. Vous êtes jeune, vous verrez peut-être arriver le triomphe de la civilisation par des moyens conformes à vos principes de morale. »



Elle se costuma en amazone. (Page 75.)

Horace ne me répondit rien, et revint avec moi tout rêveur et tout triste. En arrivant à ma porte, il me remercia de mes avis, les déclara logiques et rationnels, et me quitta sans me dire à quel parti il s’arrêtait. Je partais le lendemain matin.

Dans la soirée, inquiet de la manière dont nous nous étions séparés, et craignant qu’il ne se portât à quelque résolution dangereuse, j’allai chez lui, mais je ne le trouvai pas, et M. Chaignard me dit de l’air le plus gracieux :

« M. Dumontet est parti pour la province depuis une heure, il a reçu une lettre de ses parents ; madame sa mère est à l’extrémité. Le pauvre jeune homme est parti tout bouleversé. Il m’a laissé la moitié de ses effets en dépôt. Sans doute il reviendra dans peu de jours. »

Je montai chez Laravinière. « Avez-vous vu Horace ? lui demandai-je — Non, me dit-il ; mais Louvet l’a vu monter en diligence d’un air aussi peu affligé que s’il allait hériter d’un oncle, au lieu d’enterrer sa mère.

— Vraiment, vous le haïssez trop, m’écriai-je ; vous êtes cruel pour lui ; Horace est un bon fils, il adore sa mère.

— Sa mère ! répondit Jean en levant les épaules ; elle n’est pas plus malade que vous et moi. »

Il ne voulut pas s’expliquer davantage.

XXV.

Le choléra fit assez de ravages dans la ville voisine de nos campagnes ; mais il ne passa point la rivière, et les habitants de la rive gauche, desquels nous faisions partie, furent préservés. Dans l’attente d’une irruption toujours possible, je restai dans ma petite propriété, voyant tous les jours la famille de Chailly, dont le château était situé à la distance d’un quart de lieue, et veillant avec sollicitude sur ma vieille amie la comtesse, et sur ses petits-enfants dont elle était beaucoup plus occupée que leur mère, la merveilleuse vicomtesse Léonie. Cette dernière, quoique fort bienveillante pour moi dans ses manières,