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Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 4, 1853.djvu/227

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HORACE.

a fait des scènes pareilles ; et si j’avais été ici ce soir, Marthe n’aurait pas été, tout effrayée, vous déranger. Pauvre femme ! elle est plus malade que lui.



J’étais à l’ambulance, roulé dans mon manteau. (Page 63.)

— C’est ce qui me semble. Mais vous me paraissez, vous, bien sévère pour mon pauvre Horace ?

— Non ; je suis juste. Je ne prétends pas qu’Horace soit ce qu’on appelle un lâche ; je suis même sûr qu’il est brave, et qu’il irait résolument au feu d’une bataille ou d’un duel. Mais il a ce genre de lâcheté commun à tous les hommes qui s’aiment un peu trop : il craint la maladie, la souffrance, la mort lente, obscure et douloureuse qu’on trouve dans son lit. Il est ce que nous appelons douillet. Je l’ai vu une fois tenir tête, dans la rue, à des gens de mauvaise mine qui voulaient l’attaquer, et que sa bonne contenance a fait reculer ; mais je l’ai vu aussi tomber en défaillance pour une petite coupure qu’il s’était faite au bout du doigt en taillant sa plume. C’est une nature de femme, malgré sa barbe de Jupiter Olympien. Il pourrait s’élever à l’héroïsme, il ne supporte pas un bobo.

— Mon cher Jean, répondis-je, je vois tous les jours des hommes dans toute la force de l’âge et de la volonté, qui passent pour fermes et sages, et que la pensée du choléra (et même de bien moindres maux) rend pusillanimes à l’excès. Ne croyez pas qu’Horace soit une exception. Les exceptions seules affrontent la maladie avec stoïcisme.

— Aussi ne fais-je point, reprit-il, le procès à votre ami ; mais je voudrais que cette pauvre Marthe s’habituât à ses manières, et ne prît pas l’alarme toutes les fois qu’il lui passe par la tête de se croire mort.

— Est-ce donc là, demandai-je, la cause de son air triste et accablé ?

— Oh ! ce n’en est qu’une entre toutes. Mais je ne veux pas faire ici le délateur. Je me suis abstenu jusqu’à présent de vous dire ce qui se passait. Puisque vous voilà revenu chez eux, vous en jugerez bientôt par vous-même.

XXIII.

En effet, étant revenu le lendemain m’assurer de l’état de parfaite santé où se trouvait Horace, j’obtins de lui,