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Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 4, 1853.djvu/212

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HORACE.

Il avait loué, dans un autre quartier, une chambre où il vivait avec Marthe, si caché, qu’il nous fallut plus d’un mois pour les découvrir. Quand nous y fûmes parvenus, il était trop tard pour les faire changer de résolution et d’habitudes. Nos représentations ne servirent qu’à les irriter contre nous. Horace exerçait sur sa maîtresse un tel empire, que désormais elle nous retira toute sa confiance. Oubliant qu’elle nous avait longtemps raconté tous ses griefs contre lui, elle voulait nous faire croire désormais à son bonheur, et nous reprochait de lui supposer gratuitement des souffrances dont son visage portait déjà l’empreinte profonde. Prévoyant bien qu’elle allait manquer, qu’elle manquait déjà d’argent et d’ouvrage, nous ne pûmes lui faire accepter le plus léger service. Elle repoussa même nos offres avec une sorte de hauteur qu’elle ne nous avait jamais témoignée.



Voilà bien du tapage, monsieur mon propriétaire. (Page 53.)

— Je craindrais, nous dit-elle, qu’un bienfait d’Arsène ne fût encore caché derrière le vôtre ; et, quoique je sache combien votre conduite envers moi a été généreuse, je vous confesse que j’ai de la peine à vous pardonner les trop justes méfiances que cet état de choses a inspirées à Horace contre moi.

Eugénie poussa la constance de son dévouement envers sa malheureuse compagne jusqu’à l’héroïsme ; mais tout fut inutile. Horace la détestait et indisposait Marthe contre elle ; toutes ces avances furent reçues avec une froideur voisine de l’ingratitude. À la fin, nous en fûmes blessés et fatigués ; et, voyant qu’on nous fuyait, nous évitâmes de devenir importuns. Dans le courant de l’hiver qui suivit, nous nous vîmes à peine trois fois ; et au printemps, un jour que je rencontrai Horace, je vis clairement qu’il affectait de ne pas me reconnaître, afin de se soustraire à un moment d’entretien. Nous nous regardâmes comme définitivement brouillés, et j’en souffris beaucoup, Eugénie encore davantage ; elle ne pouvait prononcer le nom de Marthe sans que ses yeux s’emplissent de larmes.

XVIII.

Horace avait pris, dans les romans où il avait étudié la femme, des idées si vagues et si diverses sur l’espèce en général, qu’il jouait avec Marthe comme un enfant ou comme un chat joue avec un objet inconnu qui l’attire et l’effraie en même temps. Après les sombres et délirantes