Ouvrir le menu principal

Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 4, 1853.djvu/139

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
24
TEVERINO.

vaises herbes ! À quoi cela peut-il servir ? Ce n’est pas même bon pour du vulnéraire !



C’était un grand gaillard. (Page 18.)

— Cela servira à l’herbier du marquis, reprit Léonce. Et à propos de marquis, pensa-t-il, je suis curieux de savoir si le Frontin n’a pas montré le bout de l’oreille.

Ils retrouvèrent Teverino et Sabina au même endroit où il les avait laissés ; mais la négresse et le jockey étaient fort loin, et le marquis était si près de lady G…, il avait un tel air de confiance et de satisfaction, et, de son côté, elle avait l’œil si brillant et les joues si animées, qu’ils ne paraissaient ni l’un ni l’autre mécontents de leur conversation.

— Qu’est-ce que cela ? dit lady G… en voyant le curé étaler fastueusement ses cryptogames sur la mousse. Ah ! les belles pommes d’or, les charmantes découpures d’ambre, les énormes chapeaux de prêtre ! Voilà des plantes bizarres et magnifiques.

— Magnifiques ? bizarres ? dit le curé scandalisé. Dites exquises, Madame ; dites parfumées, fraîches, succulentes ! Dieu ne les a point faites pour l’amusement des yeux, mais bien pour les délices de l’estomac de l’homme.

— Ah ! pardon, monsieur le curé, dit Teverino en jetant loin de lui un individu suspect ; voici une fausse oronge.

— Peut-être, peut-être ! dit le curé. Dans la précipitation de butiner, on peut se tromper.

— Vous vous connaissez donc en toutes choses ? dit Sabina en adressant un doux regard au marquis. Que ne savez-vous pas ?

— Eh bien, comment le trouvez vous, mon marquis ? lui demanda Léonce en l’attirant à l’écart.

— Puis-je ne pas le trouver charmant ? Y aurait-il deux opinions sur son compte ? S’il n’était pas ce qu’il paraît, vous seriez très-imprudent, cher docteur, de m’avoir présenté un homme qui a tant de séductions.

Sabina parlait d’un ton railleur ; mais elle avait, en dépit d’elle-même, comme une sorte de voile humide sur les yeux qui trahissait un secret enivrement.

— Grands dieux ! qu’aurais-je fait ? pensa Léonce consterné ; et il allait se hâter de lui avouer de quelle mauvaise plaisanterie elle était dupe, lorsqu’un regard inquiet et pénétrant de Teverino, qu’il rencontra, lui ferma la bouche et lui rappela son serment.

— Non, c’est impossible, se dit-il ; cette femme froide