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Page:Sénèque - Oeuvres complètes, trad Charpentier, Tome III, 1860.djvu/97

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êtes ici-bas en butte à tous les coups, et que les traits qui, percèrent les autres ont sifflé à vos oreilles. Figurez-vous une muraille, une redoute escarpée et toute couronnée d'ennemis où vous montez sans défense: attendez-vous à des blessures, et comptez que toutes ces flèches, ces javelots, ces pierres qui volent pêle-mêle sur votre tête, sont

dirigés sur votre personne. En les voyant tomber derrière vous ou à vos côtés, dites d'une voix ferme à la fortune: Tu ne m'abuseras pas; je ne me laisserai pas écraser par sécurité ou par négligence. Je sais ce que tu me prépares. Tu en as frappé un autre; mais c'est à moi que tu en voulais.

[9,4] Qui jamais considère ses biens en homme fait pour mourir? qui ose un moment arrêter sa pensée sur l'exil, l'indigence, la mort de ce qui lui est cher? qui de nous, averti d'y songer, ne repousse point de tels avis comme augures sinistres qu'il voudrait détourner sur la tête de ses ennemis ou du donneur d'avis intempestif? - Je ne croyais pas l'événement possible!

[9,5] Dois-tu rien croire impossible de ce que tu sais pouvoir arriver à tant d'hommes, de ce que tu vois arriver à tant d'autres? Écoute une belle sentence qui méritait de ne pas se perdre dans les facéties de Publius: Le trait qui m'a frappé peut frapper tous les hommes. Celui-ci a perdu ses enfants, ne peux-tu pas perdre les tiens? celui-là s'est vu condamner: ton innocence est sous le coup du même glaive. Ce qui nous aveugle et nous livre sans force à la douleur, c'est que nous souffrons ce que nous pensions ne devoir jamais souffrir. Le meilleur moyen d'ôter leur énergie aux maux présents, c'est de les prévoir dans l'avenir.