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Page:Sénèque - Oeuvres complètes, trad Charpentier, Tome III, 1860.djvu/74

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me sont personnels, le sort m'a frappé deux fois, et dans un frère et dans une sœur, et deux fois il a vu qu'il pouvait me blesser, mais non me vaincre. J'ai perdu Germanicus mon frère, et pour juger combien je l'aimais, il faut comprendre jusqu'où vont, chez un frère dévoué, ces affections du sang. En ai-je moins su régler ma douleur de manière à ne rien omettre de ce qu'exigeait le devoir d'un bon frère, comme à ne rien faire que l'on pût blâmer dans un prince ?"

[16,4] Supposez donc, Polybe, que c'est le père de la patrie qui vous rapporte ces différents traits; lui qui vous montre qu'aucune chose n'est sacrée ni inviolable pour la fortune, qui a osé faire sortir des pompes funéraires de ces mêmes palais où elle vient chercher nos demi-dieux. Qu'on ne s'étonne plus de la trouver, en quelque rencontre, ou barbare ou injuste! Aurait-elle pour des têtes privées la moindre équité, les moindres ménagements, elle dont l'implacable fureur a tant de fois souillé par la mort l'oreiller sacré des Césars?

[16,5] En vain les plus amers reproches sortiront et de notre bouche et de la bouche de tout un peuple, elle n'en rabattra rien de ses rigueurs. Sourde à toute plainte, à toute expiation, ce qu'elle a fait des choses de ce monde, elle le fera toujours : il n'est rien que laisse en paix son audace, rien que ne touchent ses mains profanes. Elle forcera comme elle le fit de tout temps, les plus saintes barrières; elle se fera jour, pour y porter le deuil, jusqu'en ces demeures qui ont des temples pour avenues; et, sur les portiques de la toute-puissance, elle enlacera de crêpes les lauriers.

[16,6] Puissent seulement, si elle n'a pas encore résolu d'anéantir le monde, si le nom romain lui est encore cher, nos