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Page:Sénèque - Oeuvres complètes, trad Charpentier, Tome III, 1860.djvu/302

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plus hautes espérances. On ne manquera points d’hommes qui joignent au goût du travail une intégrité scrupuleuse. Les bêtes de somme sont plus propres à porter un fardeau que les coursiers de race : qui osa jamais ralentir leur généreuse vivacité sous un lourd bagage ? Réfléchissez, en outre, combien de sollicitude entraîne une charge si pénible : c’est à l’estomac de l’homme que vous avez affaire : un peuple affamé n’entend point raison ; l’équité ne saurait le calmer, ni les prières le fléchir.

(5) Naguère, dans les journées qui précédèrent ou suivirent immédiatement sa mort, C.César, si l’on conserve encore quelque sentiment dans les enfers, dut regretter amèrement de laisser le peuple romain sain et sauf, car il ne restait de subsistances que pour sept ou huit jours ; et tandis qu’avec des vaisseaux il construisit des ponts, et se jouait de la puissance de l’empire, on était à la veille de subir le dernier des maux, même pour des assiégés, la disette. Peu s’en fallut que la mort, la famine et la ruine générale qui en est presque toujours la suite, n’accompagnassent cette imitation d’un roi insensé, d’un roi étranger, si malencontreusement superbe.

(6) Dans quelle situation d’esprit durent être les magistrats chargés des approvisionnements publics ! Menacés du fer, des pierres, du feu, de la fureur de Caïus, ils mirent un soin extrême à dissimuler un mal qu’aucun symptôme n’avait encore trahi. C’était agir sagement : car il est des malades qu’il faut laisser dans l’ignorance de leur mal ; beaucoup d’hommes sont morts pour l’avoir connu.

Chapitre XIX.

(1) Cherchez donc un asile dans des occupations plus tranquilles, plus sûres, plus hautes. Veiller à ce que les arrivages