Page:Séché - Les Muses françaises, II, 1908.djvu/53

Cette page n’a pas encore été corrigée


Que par toi toute chair éclate et se consume,
Que noircissent les os parmi les nerfs tordus !
Dis que nous t’agréons, ô Feu, pétille et fume,
Sois le premier des dieux qui nous ait entendus !

Par quels autres là-bas, serons-nous accueillis ?
Nous t’adorons, toi sûr, qui du moins sauras faire,
Quoique nous puissions être aux vagues Paradis,
De nos cadavres lourds une cendre légère.


SUR LES BELLES MAINS DE MADAME
DE GRIGNAN

Je pense à vous — ce n’est pas à votre renom
De précieux savoir et de beauté parfaite,
Non plus qu’à la façon dont vous dansiez aux fêtes
Et qui fit que le Roi vous regarda, dit-on.

Vous me plaisez — non dans les vers de Benserade,
Ni dans les Lettres, dans ces Lettres vous contant
Les ragots de la cour, les foins et le beau temps,
Et que l’on avait- mal à votre cœur malade.

Je pense à vous souvent, à cause de vos mains
Si belles, et du bel air dont vous ripostâtes
Au fâcheux qui vous dit, blâmant vos aromates :
« Madame, mais ces mains iront pourrir demain. »

— Que m’importe ! aujourd’hui elles sont encor fraîches.
Vous me plaisez d’avoir continué d’aimer
Ces mains, de les baigner et de les parfumer.
Je les vois, s’amusant de cueillir une pêche.

Je les vois, feuilletant Descartes et Platon,
Ces mains, où la manchette en vieux point faisait ombre.
Et je les vois froissant les cartes du jeu d’hombre
Ou les billets rimes qu’envoyait le Bien Bon.

Sur la terrasse de Grignan, quand, à l’automne,
Vous traitiez les chasseurs et la société,
Je les vois désignant la table du goûter,
Le vin vieux de Jusclan et le miel de Narbonne.