Page:Séché - Les Muses françaises, II, 1908.djvu/353

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Dans l’espoir de cette heure où tout désir s’émousse,
Oublions la splendeur dure des jours trop longs.
Dans le désir et le regret de la nuit douce,
Par ces longs soirs d’été trop lumineux, allons...

Moi, je me baignerai dans cette ombre illusoire
De tes cheveux et de tes seins et de tes bras
En songeant à la paix, la douceur et la gloire
D’un beau soir violet qui ne s’achève pas.


SONNET POUR LA DOULEUR


Le soir était plus doux que l’ombre d’une fleur.
J’entrai dans l’ombre ainsi qu’en un parfait asile.
La Voix, récompensant mon attente docile,
Me chuchota : « Vois le palais de la Douleur. »

Mes yeux las s’enchantaient du violet, couleur
Unique, car le noir dominait. Immobile
La Douleur demeurait assise, très tranquille
J’admirais l’unité de sa grande pâleur,

Mon cœur se resserrait dans un étau funeste,
Et j’allais m’éloigner, lorsqu’elle me dit : « Reste. »
Aussitôt j’entendis prolonger un sanglot.

Dans la salle du trône, un clair de lune blême
Envahissait la nuit, comme un rocher le flot.
Et la Douleur régnait, implacable et suprême.


DEVANT LE COUCHANT


Je subis la langueur du jour déjà pâli..
Je suis très lasse, et je ne veux plus que l’oubli.

Si l’on parle de moi, l’on mentira sans doute.
Et mes pieds ont été déchirés par la route.

Certes, on doit trouver plus loin des cieux meilleurs,
Des visages plus doux... Je veux aller ailleurs...