Page:Séché - Les Muses françaises, II, 1908.djvu/201

Cette page n’a pas encore été corrigée


MADAME CATULLE MENDÈS 195

LA MUSIQUE

musique! recherche et trouve ma douceur, Rends-moi faible, rends-moi fragile, rends-moi tendre, Insinueux enchantement, et qu'à t'entendre Fonde la douleur de mon cœur.

musique ! je suis rigoureuse, obstinée. Droite au bord de la vie avec mon grand fardeau ; Pareille à l'iris bleu penché sur un cours d'eau, Fais que je me sente inclinée

Toujours prêts à blesser ou prêts à se briser, Mes nerfs fins et tordus sont l'orgueilleuse corde D'un arc vers le ciel d'or ! oh ! fais que je m'accorde Aux passages de ton baiser.

De l'arc raide et sans voix fais une souple lyre, Puis ayant démêlé tout l'enchevêtrement, Use de moi, chante sur moi. sois mon amant, Et conte un inspiré délire.

Chante ! il me reviendra des espoirs éperdus. Je n'ai nul souvenir qui n'aime et ne réclame Ton charme, et le contour indécis de mon âme Est plein d'échos qui se sont tus. Oh ! que je sois encore et coupable et naïve, Et qu'enfin j'abandonne un peu de mon secret, • Que j'aime le bonheur qui sur le cœur paraît Un vent d'été sur de l'eau vive. Guéris-moi d'adorer la rigide douleur. De rechercher ce qui fait mal et ce qui souffre, De fouiller les fonds noirs de la nuit et du gouffre, D'aimer la plus étrange fleur. Guéris-moi de ma foi, de mes vœux, de moi-même, De mon front, juge impartial, vain maître actif, Et de mon cœur visionnaire et sensitif Si chargé de tout ce que j'aime.