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tique et jetées innombrables comme les feuilles des forêts, — ces schismes, quoique en réalité fondés sur des causes plus profondes, ont été néanmoins rendus pratiquement possibles surtout par l’adoption en Europe du mot grec qui signifie une réunion publique (ecclesia), pour donner quelque chose de particulièrement respectable à de telles réunions toutes les fois qu’elles étaient tenues dans des buts religieux ; et d’autres équivoques collatérales telles que l’habituelle équivoque anglaise qui consiste à employer le mot « priest » comme contraction de « presbyter ».

19. Maintenant de façon à vous comporter correctement vis-à-vis des mots, voici l’habitude que vous devez prendre. À peu près chaque mot de votre langue a été d’abord un mot d’une autre langue, saxon, allemand, français, latin ou grec (pour ne pas parler des dialectes orientaux et primitifs). Et beaucoup de mots ont été tout cela ; c’est-à-dire ont été d’abord grecs, puis latins, français ou allemands ensuite, et anglais enfin ; subissant un certain changement de sens et d’usage sur les lèvres de chaque nation ; mais conservant une même signification vitale profonde, que tous les

    d’originalité. Et au bout de quelques années, aucun littérateur même médiocre n’en voulant plus, elles rebondissent de chronique en chronique jusqu’à ne plus servir qu’à donner un « vernis littéraire » à des couplets de revues ou à des réclames de fabricants. Ainsi des « si j’ose dire » de M. Jules Lemaître, des « oh combien ! » de M. Paul Bourget qui purent avoir et peuvent garder dans leurs œuvres personnelles et comme prises à la source, leur saveur et leur vertu passagère, mais qui suffisent à rendre écœurant chez tout autre même un article de politique, et si retardataires que soient généralement les directeurs de journaux en fait de modes littéraires, à le faire refuser. (Note du traducteur.)