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dénomination toute contingente cette vérité[1], que vous pourriez lire tous les livres du British Museum (si vous viviez assez longtemps pour cela) et rester une personne complètement illettrée, un ignorant ; mais que si vous lisez dix pages d’un bon livre, lettre par lettre (c’est-à-dire avec une justesse réelle), vous êtes à tout jamais, dans une certaine mesure, une personne instruite. Toute la différence qui existe entre l’éducation et la non-éducation (en ne s’occupant que de la partie purement intellectuelle) consiste dans cette exactitude. Un gentleman instruit peut ne pas connaître un grand nombre de langues, peut ne pas être capable d’en parler une autre que la sienne, peut avoir lu très peu de livres. Mais quelque langue qu’il sache, il la sait d’une manière précise ; quel que soit le mot qu’il prononce, il le prononce correctement ; par-dessus tout il est versé dans l’armorial des mots, distingue d’un coup d’œil les mots de bonne lignée et de vieux sang des mots canailles modernes ; il a dans la tête les noms de leurs ancêtres, quels mariages ils ont contracté entre eux, leurs parentés

  1. De même dans la Bible d’Amiens (chapitre II, §1), nous voyons Ruskin nous demander de rattacher d’importantes idées à une division « purement formelle et arithmétique » (il dit il est vrai « formelle et arithmétique au premier abord » mais elle ne l’est pas qu’au premier abord et le reste toujours). Dans ce même chapitre II, il rattache (§ 30, 31) toutes ses idées sur les Francs Saliens àdes étymologies qui sont forcément fantaisistes puisqu’elles sont nombreuses. Si l’une était exacte (ce qui d’ailleurs n’est pas probable) les autres seraient forcément exclues. Enfin toujours dans ce même chapitre II il dit : « Fere Ancos devenant assez vite dans le langage parle Francos ; une dérivation certes à ne pas accepter, mais à cause de l’idée qu elle donna de l’arme, elle vaut que vous y prêtiez attention. » (Note du traducteur.)