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ranime ; les campanules doivent fleurir et non s’affaisser quand elle passe. Vous pensez que je me jette dans de folles hyperboles. Pardon ; pas le moins du monde et je veux vraiment dire ce que je dis ici en un anglais tranquille, parlant résolument et sincèrement. Vous avez entendu dire (et je crois qu’il y a plus qu’une fiction dans ces paroles, mais admettons qu’elles ne soient qu’une fiction) que les fleurs ne fleurissent bien que dans le jardin de celui qui les aime. Je sais que vous aimeriez que ce fût vrai ; vous penseriez que c’est une plaisante magie que de pouvoir épanouir plus richement la floraison de vos fleurs rien qu’en laissant tomber sur elles un regard de bonté ; mieux encore, si votre regard avait le pouvoir non seulement de les réjouir, mais de les protéger ; si vous pouviez ordonner à la noire nielle de rebrousser chemin et à la chenille annelée d’épargner, — si vous pouviez ordonner à la rosée de tomber pendant la sécheresse, et dire au vent du sud au temps des frimas : « Viens, Vent du sud, et souffle sur mon jardin, que tous ses parfums d’aromates s’exhalent[1], » ce serait une grande chose, pensez-vous ? Et ne pensez-vous pas que ce serait une chose plus grande encore, que tout cela (et beaucoup plus que tout cela) vous puissiez le faire pour des fleurs plus belles que celles-là — des fleurs qui pourraient vous bénir de les avoir bénies, et qui vous aimeraient de les avoir aimées ; des fleurs qui ont des pensées comme les vôtres, des vies comme les vôtres, et qui, sau-

  1. Cantique des Cantiques, iv, 16.