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aussi significatives que possibles ; les plus utiles enfin : cette musique qui fait les fortes paroles plus belles, qui les fait chanter dans nos mémoires chacune dans la gloire unique de sa sonorité, et qui nous les appuie le plus près du cœur pour l’heure ou nous aurons besoin d’elles.

80. Et ce n’est pas seulement pour les programmes et le plan, mais c’est surtout pour l’esprit des études, qu’il faut vous appliquer à rendre l’éducation d’une fille aussi sérieuse que celle d’un garçon. Vous élevez vos filles comme si elles étaient destinées à être des objets d’étagères, et ensuite vous vous plaignez de leur frivolité. Ne les traitez pas moins bien que leurs frères ; faites appel chez elles aux mêmes grands instincts vertueux ; à elles aussi apprenez que le courage et la vérité sont les piliers de leur être ; pensez-vous qu’elles ne répondront pas à cet appel, braves et vraies comme elles sont, même à cette heure où vous savez qu’il n’est guère d’école de filles dans ce royaume chrétien où le courage et la sincérité des enfants ne soit tenue pour une chose moitié moins importante que leur manière d’entrer dans une chambre, et ou toutes les idées de la société touchant le mode de leur établissement dans la vie n’est qu’une peste contagieuse de couardise et d’imposture — de couardise parce que vous n’osez pas les laisser vivre, ou aimer, autrement qu’au gré de leurs voisins, et d’imposture, parce que vous mettez pour servir les fins de votre orgueil à vous, tout l’éclat des pires vanités de ce monde sous les yeux de vos filles, au moment même où tout le bonheur de leur