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vous pourriez penser qu’elle n’est que le rêve arbitraire — et isolé — d’un cœur de poète. Aussi je veux plutôt vous lire quelques vers d’un ouvrage sûrement composé par un chevalier de Pise en l’honneur de sa dame vivante, pleinement caractéristiques de la sensibilité des hommes les plus nobles du xiiie siècle ou du commencement du xive, conservé entre tant d’autres semblables témoignages de l’honneur et de l’amour chevaleresques que Dante Rossetti a recueillis pour nous chez les anciens poètes italiens :

« Car voyez ! ta loi ordonne
Que mon amour soit manifestement
xxx De te servir et honorer :
Et ainsi fais-je ; et ma joie est parfaite,
D’être accepté pour le serviteur de ta règle[1].

À peine reçu, je suis dans le ravissement
Depuis que ma volonté est ainsi dressée
À servir, ô fleur de joie, ton excellence.
Ni jamais, semble-t-il, rien ne pourra plus éveiller
xxx Une peine ou un regret.
Mais en toi prend son appui chacune de mes pensées et de mes sensations
Parce que de toi toutes les vertus jaillissent
xxx Comme d’une fontaine.
Ce qu’il y a dans les dons que tu fais, c’est la meilleure et la plus profitable sagesse
xxx Avec l’honneur sans défaillance.

En toi chaque souverain bien habite séparément
Remplissant la perfection de ton empire.

Dame, depuis que j’ai reçu ta plaisante image dans mon cœur,
xxx Ma vie s’est isolée

  1. « Rien ne vaut la douceur de son autorité. » (Baudelaire.) (Note du traducteur.)