Page:Ruskin - Sésame et les lys.djvu/154

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


en bas des rues ; on lui élèvera des palais, on festoiera avec lui au haut bout de la table, toute la nuit ; votre âme l’habitera assez pour savoir qu’on fait tout cela, et sentir le poids de la robe d’or sur ses épaules et le sillon du cercle coupant de la couronne sur le crâne ; pas plus. Accepteriez-vous l’offre ainsi faite verbalement par l’ange de la mort ? Le plus humble d’entre nous, l’accepterait-il, croyez-vous ? Cependant, de fait, dans la pratique, nous essayons de la saisir au vol, chacun de nous dans une certaine mesure, beaucoup parmi nous la saisissent dans sa plénitude d’horreur. Chaque homme l’accepte qui désire faire son chemin dans la vie, sans savoir ce que c’est que la vie ; qui comprend seulement qu’il lui faut acquérir plus de chevaux et plus de valets, et plus de fortune, et plus d’honneurs et non pas plus d’âme personnelle. Celui-là seul avance dans la vie dont le cœur devient plus tendre, le sang plus chaud, le cerveau plus vif, et dont l’esprit s’en va entrant dans la vivante paix[1]. Et les hommes qui ont cette vie en eux sont les vrais maîtres ou rois de la terre, eux et eux seuls. Toutes les autres royautés pour autant qu’elles sont vraies ne sont que le résultat et la traduction des leurs dans la réalité. Si moins que cela, elles sont ou des royautés de théâtre, de coûteuses parades, ornées à vrai dire de joyaux véritables, et non de clinquants, mais quand même pas autre

  1. « Τὸ δὲ φρόνημα τοῦ πνεύματος ζωὴ καὶ εἰρήνη. » (Note de l’auteur.)

    Et l’affection de la chair c’est la mort, tandis que l’affection de l’esprit c’est la Vie et la Paix. » (Romains, viii, 6.) (Note du traducteur.)