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poupées, mais criminellement et ténébreusement comme les Juifs idolâtres avec leurs images sur les murs des caveaux que les hommes ne pouvaient découvrir sans creuser[1]. La justice que nous ne pratiquons pas, nous l’imitons dans le roman et sur la scène ; à la beauté que nous détruisons dans la nature nous substituons les changements à vue des féeries et (la nature humaine réclamant impérieusement au fond de nous une terreur et une tristesse, de quelque genre que ce soit), pour remplacer le noble chagrin que nous aurions dû supporter avec nos frères, et les pures larmes que nous aurions dû verser avec eux, nous dévorons le pathétique de la cour d’assises, et recueillons la rosée nocturne du tombeau.

Il est difficile d’apprécier la vraie signification de ces choses ; les faits sont en eux-mêmes assez atroces ; la mesure de la faute nationale qui y est impliquée est peut-être moins grande qu’elle ne pourrait paraître d’abord. Nous permettons ou causons chaque jour des milliers de morts, mais nous n’avons pas l’intention de faire le mal ; nous mettons le feu aux maisons et nous ravageons les champs des paysans, cependant nous serions tâches d’apprendre que nous avons nul à quelqu’un. Nous sommes encore

  1. Allusion à cet étrange passage d’Ézéchiel : « Il me dit : Fils de l’Homme, perce la paroi, et quand j’eus percé la paroi il se trouva une porte… J’entrai donc et voici toutes sortes de figures de reptiles et de bêtes et tous les dieux infâmes de la maison d’Israël étaient peints sur la paroi… et 70 hommes… assistaient et se tenaient devant elles… et chacun avait un encensoir à la main d’où montait en haut une épaisse nuée de parfum. Alors il me dit : Fils de l’Homme n’as-tu pas vu ce que les anciens de la maison d’Israël font dans les ténèbres, chacun dans son cabinet peint, etc. (Ézéchiel, viii, 6-18.) (Note du traducteur.)