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une pension du Gouvernement entre à l’asile sur une grande échelle[1].

Seulement les asiles de riches n’impliquent pas l’idée du travail et devraient s’appeler des lieux de plaisir. Mais les pauvres aiment à mourir indépendants, paraît-il ; peut-être si nous leur faisions leurs lieux de plaisir assez jolis et plaisants ou si nous leur donnions leurs pensions chez eux, et leur constituions préalablement un petit pécule pris sur le budget, leurs esprits pourraient se réconcilier avec ces institutions.

En attendant voici les faits : nous leur rendons notre aide ou si blessante ou si pénible, qu’ils aiment mieux mourir que la prendre de nos mains ; ou, pour troisième alternative, nous les laissons si incultes et ignorants qu’ils se laissent mourir silencieusement comme des bêtes sauvages, ne sachant que faire ni que demander. Je dis que vous méprisez la compassion. Si non un tel entrefilet de journal ne serait pas plus possible dans un pays chrétien qu’un assassinat prémédité n’y serait permis dans la rue[2].

  1. Je vous prie de noter ce fait, d’y réfléchir, et de considérer comment il se fait qu’une pauvre vieille aura honte de prendre au pays un shilling par semaine, tandis que personne n’a honte de prendre une rente de mille livres par an. (Note de l’auteur.)
  2. Je me réjouis sincèrement de voir fonder un journal comme le Pall Mall Gazette, car le pouvoir de la presse dans les mains d’hommes d’une haute culture, d’une situation indépendante, et bien intentionnés, peut en effet mériter tous les éloges qu’on lui a tant décernés jusqu’ici. Son directeur me pardonnera donc, je n’en doute pas, si, à raison même de mon respect pour le journal, je ne laisse pas passer sans observation un article paru dans son troisième numéro, page 5, dont chaque mot était erroné, de cette erreur profonde ou peut seul atteindre un honnête homme qui dès le début a pris un mauvais tournant de pensée et le suit, indifférent aux conséquences. Il contenait à la fin ce passage à noter :