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un tunnel à travers les rochers de Lucerne près de la chapelle de Tell. Vous avez détruit le rivage de Clarens, au lac de Genève. Il n’y a pas une paisible vallée en Angleterre que vous n’ayez remplie de feu mugissant ; il n’y a pas un coin abandonné de campagne anglaise où vous n’ayez imprimé des traces de suie[1] ; pas une cité étrangère, où l’extension de votre présence n’ait été marquée sur ses jolies vieilles rues et ses jardins heureux par une dévorante lèpre blanche d’hôtels neufs et de boutiques de parfumeurs. Les Alpes elles-mêmes[2]

  1. Cf. Præterita : « Depuis que j’ai composé et médité là pour la dernière fois, que « d’embellissements » sont survenus… Ensuite chaque jour d’exposition vint un flot de gens qui prenaient le sentier et qui le salissaient avec des cendres de cigare pour le reste de la semaine. Puis ce furent les chemins de fer, les voyous amenés par les trains de plaisir qui renversaient les palissades, faisaient peur aux vaches et cassaient autant de branches fleuries qu’ils pouvaient en attraper… etc., etc. Enfin, cette année une palissade de six pieds de haut a été placée de l’autre côté et les promeneurs marchent l’un derrière l’autre, s’offrent telle notion de l’air, de la campagne et du paysage qu’ils peuvent, entre ce mur et la palissade, chacun avec un mauvais cigare devant lui, un second derrière et un troisième dans la bouche. » (Note du traducteur.)
  2. « Oui, Chamonix est une demeure désolée pour moi. Je n’y retournerai plus, je crois. Je pourrais éviter la foule en hiver, mais que les glaciers m’aient trahi… c’en est trop ! Faites, s’il vous paît, mes amitiés à la grosse pierre qui est sous Brevent à un quart de mille au-dessus du village, à moins qu’ils ne l’aient détruite pour leurs hôtels. » (Lettre citée par M. de la Sizeranne.) Comparez aussi avec The Queen of Air (Préface) : « Ce 1er jour de mai 1869 je me retrouve écrivant là où mon œuvre fut commencée, il y a 35 ans, en vue des neiges des Alpes supérieures. Depuis ce temps, d’étranges calamités ont fondu sur les spectacles que j’ai le plus aimés et tâché de faire aimer aux autres. La lumière… l’air… l’eau sont souillés. Ce matin, sur le lac de Genève, à un demi-mille, je pouvais à peine voir le plat de ma rame à 2 mètres de profondeur. À la place d’un petit rocher de marbre, dernier pied du Jura descendant dans l’eau bleue, toujours couvert de fleurs roses de saponaires, on a construit une rocaille artificielle avec cette inscription sur ses pierres rapportées :

     « Aux botanistes
    Le club jurassique. »