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et, si vous appreniez que des plus beaux tableaux qui soient en Europe[1] on fera demain des sacs pour les forts Autrichiens, cela vous ennuierait moins que le risque de trouver une pièce ou deux de moins dans votre gibecière après une journée de chasse. Tel est, en tant que nation, votre amour de l’art.

35. IV. Vous avez méprisé la nature, c’est-à-dire toutes les sensations profondes et sacrées des spectacles naturels. Les révolutionnaires français ont fait des écuries des cathédrales de France ; vous avez fait des champs de courses avec les cathédrales de la terre. Votre unique conception du plaisir est de rouler dans des wagons de chemins de fer autour de leurs nefs et de prendre vos repas sur leurs autels[2].

Vous avez été placer un pont de chemin de fer sur les chutes de Shaffhouse. Vous avez fait passer

    vier Sauvage, IIIe conférence : la guerre). Mais la référence exacte paraît être Stones of Venice, II, VII, 123. (Note du traducteur.)

  1. Les quatre premieres éditions portaient : « Tous les Titiens » ; à partir de 1871 ces mots sont remplacés par « toutes les plus belles peintures ». La « Library Edition », qui signale cette variante, en conclut avec finesse et un peu spécieusement que l’admiration de Ruskin pour le Titien avait quelque peu diminué. Nous avons, à vrai dire, des témoignages plus précis que celui que donne la « Library Edition » de la révolution qui eut lieu dans le goût de Ruskin et qui renversa la hiérarchie de ses admirations. Nous n’avons pas la place malheureusement de donner ici aucune indication sur cette crise esthétique qui dénoua chez Ruskin la crise religieuse et calma ses plus grands doutes en lui montrant que les peintres croyants comme Giotto étaient supérieurs aux peintres incroyants comme Titien. (Note du traducteur.)
  2. Je voulais dire que les plus beaux lieux du monde, la Suisse, l’Italie, l’Allemagne du Sud, etc., sont assurément les cathédrales véritables, les lieux ou révérer et ou prier, et que nous nous soucions seulement de les traverser à toute vitesse et de manger à leurs endroits les plus sacrés. (Note de l’auteur.)