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L’œuvre se fait entièrement malgré la nation, grâce à des initiatives, à des ressources individuelles. Nous sommes assez contents, en effet, de faire notre profit de la science ; nous happons n’importe quoi, en fait d’os scientifique après lequel il y a de la viande, avec assez d’avidité ; mais si l’homme scientifique s’adresse à nous pour avoir un os ou une croûte, ceci est une autre affaire. Qu’avons-nous fait, comme nation, pour la science ? Nous sommes forcés pour la sûreté de nos vaisseaux de savoir quelle heure il est, et à cause de cela nous payons pour un observatoire ; et nous permettons, sous les espèces de notre parlement, qu’on nous tourmente annuellement pour faire avec négligence quelque chose pour le British Museum que nous supposons avec assez de mauvaise humeur un endroit destiné à conserver des oiseaux empaillés pour amuser nos enfants.

Si un particulier s’achète un télescope et découvre une nouvelle nébuleuse, vous poussez autant de cris pour cette découverte que si c’était vous qui l’aviez faite ; si, dans la proportion de un ou dix mille, un de nos hobereaux chasseurs s’avise un beau jour que la terre doit être quelque chose d’autre que le lot des renards[1], et y creuse lui-même son terrier et nous fait savoir où gît l’or,

  1. Peut-être allusion à S. Luc, ix, 58 ; voir plus bas la note de la page 224 et particulièrement la citation de la Couronne d’Olivier Sauvage : « Ces chasses gardées qui réalisent à la lettre ou plutôt en fait dans la personne de ses pauvres ce que leur maître répondit à ses disciples : que les renards avaient des abris, mais que lui n’en avait point. » — L’expression elle-même est des Psaumes (lxiii, 11) : « Ils seront détruits par l’épée ; ils seront la proie des renards. » (Note du traducteur.)