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ayez à faire pour eux et pour vous-même est de mettre promptement et dédaigneusement le feu à ceci ; de réduire toute la jungle en de salutaires amas de cendres, puis alors de labourer et de semer. Toutle vrai travail littéraire qui s’étend devant vous pour la vie doit commencer par l’obéissance à cet ordre : « défrichez votre champ et ne semez pas parmi les épines[1]. »

27.[2] Ayant ainsi écouté les grands maîtres de façon à ce que vous puissiez entrer dans leur pensée, vous avez à monter plus haut encore, vous avez à entrer dans leur cœur. De même que vous allez à eux d’abord pour avoir une vision claire, de même vous devez demeurer avec eux afin que vous puissiez partager à la fin leur juste et puissante passion. Passion ou « sensation ». Je ne suis pas effrayé du mot, encore moins de la chose[3]. Vous avez entendu beaucoup de clameurs entre les sensations, récemment ; mais, je puis vous le dire, ce n’est pas moins de sensations qu’il nous faut, mais plus. La différence anoblissante entre un homme et un autre, entre un animal et un autre, consiste précisément en ceci que l’un sent plus que l’autre. Si nous étions des éponges, peut-être n’acquerrions nous pas facilement de sensations ; si nous étions des vers de terre exposés à chaque instant à être coupés en deux par la bêche, peut-être que trop de sensations ne nous serait pas bon. Mais étant des créatures humaines, cela est une bonne chose

  1. Jérémie, iv, 3. (Note du traducteur.)
  2. Comparez § 13, Ci-dessus. (Note de l’auteur.)
  3. Voir plus bas la note dans la 2e partie de Sésame (Des jardins des Plaines), page 212.