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insignes que les Protestants lui refusent d’ordinaire le plus passionnément ? Sa chevelure « mitrée » ! Milton n’était pas un « ami des Évêques » ; comment saint Pierre arrive-t-il à être « mitré » ? « Il porte deux clefs massives. » Ce dont il est question ici est-ce donc le privilège revendiqué par les Évêques de Rome ? et est-il reconnu ici par Milton seulement par licence poétique, à cause de son pittoresque, afin qu’il puisse avoir l’éclat des clefs d’or pour ajouter à l’effet ?

Ne croyez pas cela. Les grands hommes ne jouent pas de tours de tréteaux avec les doctrines de la vie et de la mort. Il n’y a que de petits hommes qui fassent cela. Milton veut dire ce qu’il dit ; et le veut dire avec sa puissance ; aussi il va mettre toute la force de son esprit à l'exprimer, car quoiqu’il ne fût pas un ami des faux évêques, il fut un ami des vrais ; et le pilote du Lac est ici, dans sa pensée, le type et le chef du vrai pouvoir épiscopal. Gar Milton lit ce texte : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux[1] » tout à fait honnêtement[2] ? Quoiqu’il soit puritain il ne voudrait pas l’effacer du livre parce qu’il y eut de mauvais évêques ; bien plus, si nous voulons le comprendre, nous devrons comprendre ce vers tout d’abord ; il ne sera pas convenable de le regarder

  1. S. Mathieu, xvi, 19. (Note du traducteur.)
  2. Cf. la Bible d’Amiens, IV, 3 : « Pour lui le texte tout simplement et franchement cru : « Là ou deux ou trois sont assemblés en mon nom », et iii, 50 : « Les Ier, VIIIe, VIIe, XVe » psaumes « bien appris et crus, » etc., et aussi, ii, 28 : « Leur franchise, si vous lisez le mot comme un savant et un chrétien, etc. » (Note du traducteur.)