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nous est plus familier, mais très peu de choses peut-être ont été lues avec moins d’attention sincère. Je prendrai les quelques vers suivants de Lycidas :

Le dernier vint, et le dernier partit,
Le Pilote du Lac Galiléen.
Il portait deux clefs massives, chacune d’un métal différent
xxxxx(L’une d’or ouvre, l’autre d’airein ferme solidement) ;
ll secoua sa chevelure mitrée et parla sévèrement ainsi :
« Avec quel plaisir, jeune rustre, j’aurais pris à ta place
Tant de ceux qui pour grossir leur ventre
Se glissent et se faufilent et grimpent dans le troupeau !
D’autres soucis ils ne se mettent guère en peine
Que de savoir comment se pousser jusqu’au festin des tondeurs de brebis,
Et en écarter le digne, le véritable invité ;
Aveugles bouches ! à peine si eux-mêmes savent comment tenir
Une houlette, ou ont appris quelque chose d’autre, si peu que ce soit,
Qui ressortisse à l’art du pasteur fidèle !
Que leur importe ? De qui ont-ils besoin ? Ils font leur chemin
Et à leur gré leurs chants minces et vains
Grincent contre la triste paille de leurs grêles pipeaux.
Les brebis affamées tournent les yeux vers eux et ne sont pas nourries,
Mans, enflées de vent et des brouillards pestilentiels qu’elles respirent,
Elles se corrompent intérieurement et répandent des émanations impures et contagieuses,
Outre celles que l’horrible loup à la patte sournoise
Chaque Jour dévore avidement, sans qu’aucun compte en soit rendu. »

Réfléchissons un peu sur ce passage et examinons-le mot à mot.

Premièrement, n’est-il pas singulier de voir Milton assigner à saint-Pierre non seulement sa pleine fonction épiscopale, mais précisément ceux de ses