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la bible d’amiens.

récemment gravées par de remarquables visiteurs anglais désireux d’immortalité. Mais Robert le constructeur ou au moins le maître de la construction, n’a gravé les siennes dans aucune pierre. Seulement quand, après sa mort, la pierre angulaire de la cathédrale eût été découverte avec des acclamations, pour célébrer cet événement on écrivit la légende suivante, rappelant le nom de tous ceux qui avaient eu leur part ou leur parcelle du travail, — dans le milieu du labyrinthe qui alors existait dans les dallages de la nef. Il faut que vous la lisiez d’une voix légère ; elle fut gaiement rimée pour vous par la pure gaieté française qui ne ressemblait pas le moins du monde à celle du Théâtre des Folies.

En l’an de Grâce mil deux cent
Et vingt, fut l’œuvre de cheens
Premièrement encomenchie.
A donc y ert de cheste evesquie
Evrart, evêque bénis ;
Et, Roy de France, Loys
Qui fut fils Philippe le Sage.
Qui maistre y est de l’œuvre
Maistre Robert estoit només
Et de Luzarches surnomés.
Maistre Thomas fu après lui
De Cormont. Et après, son filz
Maistre-Regnault, qui mestre
Fist a chest point chi cheste lectre
Que l’incarnation valoit
Treize cent, moins douze, en faloit.

13. J’ai écrit les chiffres en lettres, autrement le mètre n’eût pas été clair. En réalité, ils étaient représentés ainsi « IIC et XX » « XIII·C. moins XII ». Je cite l’inscription d’après l’admirable petit livre de M. l’abbé Rozé : Visite à la Cathédrale d’Amiens