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siques, mais très loin d’être un moine, pas encore un chrétien ni même disposé du tout à remplir les charges

    faut seulement que vous sachiez clairement ceci sur lui, qui n’est pas le moins du monde douteux ni mythique, mais entièrement vrai, et qui est le commencement de faits d’une importance sans limites pour toute l’Europe moderne — à savoir, qu’il était né de bonne ou du moins de riche famille, en Dalmatie, c’est-à-dire à mi-chemin entre l’Orient et l’Occident ; qu’il rendit le grand livre de l’Orient, la Bible, lisible pour l’Occident, qu’il fut le premier grand maître de la noblesse du savoir et de l’ascétisme affable et cultivé, comme opposés à l’ascétisme barbare ; le fondateur, à proprement dire, de la cellule bien arrangée et du jardin soigné, là où avant il n’y avait que le désert et le bois inculte, — et qu’il mourut dans le monastère qu’il avait fondé à Bethléem.

    « C’est cette union d’une vie douce et raffinée avec une noble continence, cet amour et cette imagination illuminant la caverne de la montagne et en faisant un cloître couvert de fresques, amenant ses bêtes sauvages à devenir des amis domestiques, que Carpaccio a reçu ordre de peindre pour nous, et avec un incessant raffinement d’imagination exquise il remplit ces trois canevas d’incidents qui signifiaient, à ce que je crois, l’histoire de toute la vie monastique, et la mort, et la vie spirituelle pour toujours : le pouvoir de ce grand et sage et bienfaisant esprit régnant à jamais sur toute culture domestique ; et le secours que la société des âmes des créatures inférieures apporte avec elle à la plus haute intelligence et à la vertu de l’homme. Et si au dernier tableau, — saint Jérôme en train de travailler, pendant que son chien blanc » [dans Præterita (iii, ii) Ruskin dit que son chien Wisie était exactement pareil au chien de saint Jérôme dans Carpaccio] « observe d’un air satisfait son visage, — vous voulez comparer, dans votre souvenir, un morceau de chasse par Rubens ou Snyders, où les chiens éventrés roulent sur le sol dans leur sang, vous commencerez peut-être à sentir qu’il y a quelque chose de plus sérieux dans ce kaléidoscope de la chapelle de Saint-Georges que vous ne l’aviez cru d’abord. Et, si vous vous souciez de continuer à le suivre avec moi, pensons à ce sujet risible un peu plus tranquillement.

    « 180. Quel témoignage nous est apporté ici, volontairement ou involontairement, au sujet de la vie monastique, par un homme de la perception la plus subtile, vivant au milieu d’elle ? Que tous les moines qui ont aperçu le lion sont terrifiés à en