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d’une vie pure consacrée au service de Dieu et d’une sagesse pratique conduite par lui[1].

La forme que l’esprit monastique prit plus tard tint beaucoup plus à la corruption du monde dont il était forcé de s’écarter, soit dans l’indignation, soit par épouvante, qu’à un changement amené par le christianisme dans l’idéal de la vertu et du bonheur humains.

27. « L’Égypte » (M. Gibbon commence ainsi à nous rendre compte de la nouvelle institution !), « la mère féconde de ta superstition, fournit le premier exemple de la vie monastique. » L’Égypte eut ses superstitions comme les autres pays ; mais elle fut si peu la mère de la superstition qu’on peut dire que la foi d’aucun peuple — entre les races imaginatives du monde entier — ne connut peut-être aussi peu le prosélytisme que la sienne. Elle ne prévalut pas même sur le plus proche de ses voisins pour lui faire adorer avec elle des chats et des cobras ; et je suis seul, à ce que je crois, parmi les écrivains récents à conserver l’opinion d’Hérodote[2]

  1. Je dois moi-même marquer comme particulièrement fatale dans le déclin de l’empire romain, l’heure où Julien rejette le conseil des augures. « Pour la dernière fois les Aruspices Étrusques accompagnèrent un empereur romain, mais par une singulière fatalité leur interprétation défavorable des signes du ciel fut dédaignée, et Julien suivit l’avis dos philosophes qui colorèrent leur prédiction des teintes brillantes de l’ambition de l’empereur ». (Milman, Histoire du christianisme, chap. vi.) — (Note de l’Auteur.)
  2. « Je suis seul, à ce que je crois, à penser encore avec Hérodote. » Toute personne ayant l’esprit assez fin pour être frappée des traits caractéristiques de la physionomie d’un écrivain, et ne s’en tenant pas au sujet de Ruskin à tout ce qu’on a pu lui dire, que c’était un prophète, un voyant, un protestant et autres choses qui n’ont pas grand sens, sentira que de tels traits, bien que certainement secondaires, sont cependant très « ruskiniens ». Ruskin vit dans une espèce de société fraternelle avec tous les grands esprits de tous les temps, et comme il ne s’intéresse à eux que dans la mesure où ils peuvent répondre à des questions