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niers, et étaient sous les autres rapports tyranniques dans la proportion où peut l’être un grand propriétaire de terres anglais. « Le château des rois à longs cheveux était entouré de cours commodes et d’écuries pour la volaille et le bétail, le jardin était planté de légumes utiles, les magasins remplis de blé, de vins, soit pour la vente, soit pour la consommation, et toute l’administration, conduite dans les règles les plus strictes de l’économie privée. »

38. J’ai rassemblé ces remarques souvent incomplètes et pas toujours très consistantes, de l’aspect et du caractère des Francs, extraites des références de M. Gibbon, pendant une période de plus de deux siècles, — et le dernier passage cité, — qu’il accompagne de la constatation que « cent-soixante de ces palais ruraux étaient disséminés à travers les provinces de leur royaume », sans nous dire quel royaume, ou à quelle époque, — doit être tenu pour descriptif des coutumes et du système général de leur monarchie après les victoires de Clovis. Mais dès la première heure où vous entendrez parler de lui, le Franc, à le bien considérer, est toujours un personnage extrêmement ingénieux, bien intentionné et industrieux ; s’il est impatient d’acquérir, il sait aussi intelligemment conserver et édifier ; il y a là tout un don d’ordonnance et de claire architecture qui trouvera un jour sa suprême expression dans les bas-côtés d’Amiens ; et des choses en tout genre sans rivales et qui eussent été indestructibles si ceux qui vécurent au milieu d’elles avaient eu même force de cœur que ceux qui les avaient construites bien des années auparavant[1].

  1. On entrera plus avant dans la pensée de cette phrase en la rapprochant de la fin du iie chapitre des Sept temps de l’architecture