Page:Ruskin - La Bible d’Amiens.djvu/153

Cette page a été validée par deux contributeurs.


cependant, après une lecture attentive, en tirer à peu près autant que je vous en ai dit plus haut.

Mais dès le iie siècle après le Christ et, d’une manière beaucoup plus nette à l’époque dont nous nous occupons — le ve siècle — les nations barbares ennemies de Rome, en partie subjuguées ou tenues en échec par elle, s’étaient constituées en deux masses distinctes, appartenant à deux latitudes distinctes. L’une ayant fixé sa demeure dans l’agréable zone tempérée d’Europe : l’Angleterre avec ses montagnes occidentales, les salubres plateaux calcaires et les montagnes granitiques de France, les labyrinthes germaniques de montagnes boisées et de vallées sinueuses du Tyrol au Harz, et tout le vaste bassin fermé des Carpathes avec le réseau de vallées qui en rayonnent. Rappelez-vous ces quatre contrées d’une manière succincte et claire en les appelant la « Bretagne », la « Gaule », la « Germanie » et la « Dacie ».

10. Au nord de ces populations sédentaires, frustes mais endurantes, possédant des champs et des vergers, des troupeaux paisibles, des homes à leur manière, des mœurs et des traditions qui n’étaient pas sans grandeur, habitait, ou plutôt flottait à la dérive et s’agitait une chaîne, çà et là interrompue, de tribus plus tristes, surtout pillardes et déprédatrices, essentiellement nomades ; sans foyer, par la force des choses, ne trouvant ni repos, ni réconfort dans la terre et le ciel triste ; errant désespérément le long des sables arides et des eaux marécageuses du pays plat qui s’étend des bouches du Rhin à celles de la Vistule, et, au delà de la Vistule, nul ne sait où, ni n’a besoin de le savoir. Des sables déserts et des marécages à fleur de sol, telle était leur part ; une prison de glace et l’ombre des